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Non-dit, ne pas dire pour ne pas dire non !

2 Juil 2021 | Article

Pourquoi est-ce si difficile d’exprimer nos malaises ?

Dire nécessite de dépasser des peurs. Nous portons tous des peurs spécifiques liées à notre histoire, notre culture, notre éducation, notre construction psychique individuelle. Si j’ai baigné dans un environnement violent dans mon enfance je peux avoir peur du conflit. Si j’ai osé dire un désaccord dans mon environnement familial, lieu dans lequel j’étais le plus en confiance, et que j’ai été jugée, humiliée ou rejetée je peux porter la peur de le revivre à nouveau si j’exprime un malaise.

Dire nécessite aussi de faire face à des obstacles intérieurs. Se mettre en condition d’exprimer un non-dit éveille des peurs car cela demande de se montrer dans un espace vulnérable et de révéler une partie de son intimité (ses limites, ses peurs, ses besoins spécifiques). Cela peut nous amener à ressentir de la gêne, de la honte, d’autres peurs.

Une personne éprouvant de la honte se sent souvent indigne d’exister. Elle a une perception négative d’elle-même le sentiment d’être une personne mauvaise. Si elle se retrouve dans une situation conflictuelle elle peut prendre toute la responsabilité de cette situation. Elle ne s’écoute pas. La honte de se montrer vulnérable, de montrer son émotion, la honte de sa différence ou même d’assumer ses besoins spécifiques peut conduire à ne pas dire, à s’oublier, à ne pas oser exister pleinement en relation à l’autre. Une des conséquences de ce fonctionnement est de s’ajuster à l’attente des autres en fonction de leurs critiques et de leurs besoins.

Une personne éprouvant de la peur est envahie pas le sentiment de ne pas savoir dire, de ne pas savoir comment dire, elle a la peur de sa propre réaction ou de ne pas être comprise. Ces peurs nous les portons tous et toutes !

Ces obstacles intérieurs et ces peurs peuvent être envahissants au point de nous paralyser et de nous nier ! Jusqu’à s’oublier et ne pas s’exprimer. C’est de là que proviennent nos non-dits.

Exprimer un non-dit c’est dire non, je ne suis pas d’accord ! Non je veux autre chose ! Et dire non c’est poser une limite à l’autre, montrer que nous existons, que nous avons une place. C’est se donner le droit d’exister tels-telles que nous sommes.

Dire c’est oser exister en faisant face à nos peurs et en traversant ses obstacles intérieurs. Dire c’est accepter et assumer les conséquences de l’expression de notre malaise en relation pour gagner en liberté d’être.

Je vous l’accorde ce n’est pas si simple ! Cela demande de se connaître pour accepter ce que l’on vit et l’assumer. Commencez par des petits pas, avec des personnes proches en qui vous avez confiance, qui ne vous jugeront pas.

Enfin, il convient aussi de se poser la question de dire ou de ne pas dire ! De se demander si cette relation est importante pour vous ? De se demander pourquoi vous avez besoin d’exprimer un non-dit à cette personne ? Sans que la liste ne soit exhaustive les raisons peuvent être variées : je l’aime, elle est importante pour moi, je veux me sentir libre avec elle, je veux que notre relation soit basée sur l’honnêteté etc…

Vous pouvez aussi vous demander s’il n’est pas préférable de ne pas dire parce-que la honte est plus forte que le besoin, la peur plus forte que la limite à poser, votre expérience passée avec cette personne marquée de souffrance et de blessures etc… Et alors décider de ne pas dire, d’en faire véritablement un choix en acceptant que c’est le mieux pour vous.

Je vous entends me dire « c’est plus facile à dire qu’à faire ! » et « les conseilleurs ne sont pas les payeurs ! ». Alors je vais vous donner un exemple personnel parce-que moi aussi je n’échappe pas aux risques du non-dit !

Lors de ma formation pour devenir thérapeute en relation d’aide par l’approche non directive créatrice, j’ai rencontré une femme qui est devenue une grande amie. Ce fut littéralement un coup de foudre ! Une amitié qui s’est imposée à nous ! Notre relation a été fluide faite de partage et de moments conviviaux jusqu’à une période de ma vie où le travail et les études prenaient la quasi-totalité de mon temps. J’écourtais nos conversations. J’étais moins disponible au téléphone. Mes appels étaient moins nombreux. Au fil du temps notre relation s’est délitée, à un tel point que nous avons passé une année sans nous donner de nouvelles. Je ne m’étais pas aperçu qu’autant de temps était passé. Triste constat ! Je décide de prendre contact avec elle en lui posant directement la question : « y-a-t-il quelque chose que j’aurais fait qui justifie ce silence ? ». La réponse a été immédiate : « oui en effet il y avait eu quelque chose ». Nous décidons d’un rendez-vous en visio (elle vit à l’étranger) pour partager nos ressentis. Chacune à notre tour nous avons pu partager ce qui s’était passé pour nous. Elle s’était sentie délaissée par une amie, moi, qui jusqu’à présent était là pour elle, à l’écoute, disponible et juste dans ses conseils. J’étais devenue pressée et distante. Elle s’est sentie rejetée considérant ne plus être importante pour moi. Elle s’est isolée avec cela. De mon côté je me suis sentie abandonnée ne comprenant pas ce qui se passait, considérant qu’elle m’avait laissée tomber et qu’à mon tour je n’étais plus importante pour elle. Comme vous le voyez, nous sommes restées chacune longtemps dans notre coin avec nos interprétations et nos projections sans aller vérifier auprès de la personne concernée. Nous nous sommes retrouvées et nous sommes jurées que plus jamais nous nous isolerions ainsi, que si un malaise existait entre nous, nous saurions désormais en parler à l’autre. Nous avons dernièrement passé un bel après midi au jardin des Tuileries et nous sommes retrouvées avec le même enthousiasme et la même envie d’échanger et de partager, comme à l’origine de notre relation.

Alors, je vous invite à vous occuper de vos «non-dits en relation » avec ceux que vous aimez. Soyez le plus honnête et responsable possible en commençant par parler de vous, de vos ressentis pour vous faire comprendre, vous faire entendre. Faites-le pour ne pas tomber, comme souvent, dans la réaction qui prend le dessus sur la communication, qui engendre jugement et fausse interprétation ! Parlez à la première personne « j’ai été blessée, je n’ai pas compris … » et soyez le plus précis possible pour expliquer votre ressenti « Quand hier soir tu as dit …. J’ai ressenti … ».

Je vous souhaite de belles communications authentiques et justes pour nourrir vos besoins de fluidité en relation et sortir de la culpabilité et de la honte.

ON EST COUPLABLE DE CE QU’ON FAIT, ON A HONTE DE CE QU’ON EST

Bibliographie

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